Jérôme Gadeyne : « en revenant à moi-même, j’avais l’impression d’être un nouveau Jérôme. Je revenais différent »

Nous avons posé 3 questions à Jérôme Gadeyne, expérienceur depuis une quarantaine d’années et praticien en thérapie complémentaire dans la région de Dunkerque. Auteur et instructeur d’arts martiaux, passionné de méditation depuis l’enfance, Jérôme enseigne et partage ces pratiques auprès d’associations, d’écoles et d’établissements médicaux. Il s’engage également dans des projets de recherche autour des liens entre conscience, énergie et santé intégrative.

Comment se sont produites tes premières sorties hors du corps ?

Mes premières expériences étaient spontanées, j’étais enfant. Je ressentais d’abord de gros bourdonnements dans les oreilles. Puis quand je sortais, tout était noir, ou bien je me retrouvais dans une sorte de pénombre fantasmagorique où tout me paraissait flou : je flottais à l’intérieur de ma chambre. Par la suite, j’ai vécu des expériences où je me retrouvais dans le jardin de mes voisins. Je pouvais monter et descendre dans les airs avec une sensation de flottement. Ce sont les premières impressions visuelles dont je me souviens. Dans les années qui ont suivi, ces expériences ont continué, à des fréquences plus ou moins élevées, parfois très régulièrement puisque j’ai commencé à les induire avec des techniques vers l’âge de 18 ans. Effectivement, à l’âge de 16 ans, et à l’arrivée d’Internet, j’ai réalisé que d’autres personnes sortaient de leur corps, notamment quand le corps est « cassé », lors d’expériences de mort imminente (EMI). Je me suis rassuré et senti moins seul car pendant longtemps je croyais que j’étais fou. Puis j’ai trouvé des techniques pour le rêve lucide et pour la sortie hors du corps, basées sur les travaux du Dr Lefebure (phosphénisme, tensions statiques…). Au départ, j’ai voulu différencier les expériences hors du corps de simples rêves lucides. Je remarquais certaines choses : par exemple, dans les rêves lucides, je sentais que j’avais un contact avec le corps physique, je pouvais le sentir dans le lit et je pouvais même le bouger très légèrement. Bien plus tard, je suis tombé sur un scientifique, Daniel Erlacher, qui a montré que les rêveurs lucides peuvent communiquer de l’intérieur du rêve par des mouvements oculaires. À l’inverse, en sortie de corps, toute tentative de bouger le corps physique provoque un retour immédiat.

As-tu déjà obtenu une « perception véridique » en sortie hors du corps ? 

Il y a une expérience qui m’a particulièrement marquée. Un jour, alors que j’étais en vacances, j’étais dans une chambre d’hôte pour la première fois. Le soir j’ai fait une sortie de corps, j’ai navigué dans cette chambre et j’ai regardé au-dessus d’une grande armoire. C’est alors que j’ai aperçu une sorte de petit citronnier… Je me suis dit : « tiens c’est bizarre, pourquoi un citronnier ici ? » Je suis revenu dans mon corps, et à l’aide d’un tabouret, je suis allé vérifier.  Au-dessus  de l’armoire, il n’y avait pas un citronnier mais une petite plaque d’anti-moustique qui était tombée à plat et qui sentait la citronnelle ! Cette plaque était beige, la face sans texte. On ne pouvait pas la voir depuis la chambre car l’armoire était très haute. Pour moi, c’était dingue. J’ai fait l’hypothèse que dans ma sortie hors du corps, une sorte de système de communication m’avait mis en lien avec ce qui était là, même si ça n’avait pas la même forme, la même allure, j’avais obtenu une information cohérente avec l’objet en question. En somme, je n’ai pas perçu l’objet mais une information à propos de cet objet.

Avec les années, j’en suis arrivé à cette interprétation : pour moi, il y aurait comme un signal qui est émis par l’objet ; et nos propres filtres (ce que j’appelle un « filtre perceptuel individuel ») interpréteraient ce signal. En gros, les signaux qui nous entourent passeraient au travers d’un filtre perceptuel qui générerait une information pour moi, et ferait en sorte que je perçoive un citronnier. J’ai compris qu’en sortie hors du corps (mais dans la vie ordinaire aussi !), tout le jeu est d’aller au-delà de ce filtre, d’enlever ce filtre pour percevoir les signaux au plus proche de ce qu’ils sont. Et c’est très compliqué ! Car nos filtres perceptuels sont plus ou moins encombrés, il y a un « degré d’interprétation » quand on perçoit tel ou tel objet. Pour voir les choses plus objectivement, nous pouvons donc faire un travail sur nous-même pour voir dans quelle mesure on a tendance à  observer les choses de manière déformée : telles que nous sommes plutôt que telles qu’elles sont.

Qu’est-ce que la sortie hors du corps a changé dans ta vie ?

Avec ces expériences, j’ai remis en question ma conception de la vie, de la mort, et l’obligation d’avoir un corps pour être conscient… Surtout, il y a une expérience qui a tout changé. C’était à la fois une sortie de corps et une prise de conscience, quelque chose de profond que j’ai vécu à l’âge de vingt ans et qui a eu un énorme impact. C’était comme si je m’étais déplacé dans un endroit de la conscience, au sein duquel j’ai pris une gifle, comme si j’avais percé le secret de l’univers, j’étais l’univers, je prenais conscience simplement de « je suis ». À mon retour, je n’étais plus fonctionnel pour la vie de tous les jours, mon mental semblait « grillé », mon élocution était compliquée… ça m’a pris six mois pour me restructurer… Il y a eu deux autres expériences de ce type, et à chaque fois, en revenant à moi-même, j’avais l’impression d’être un nouveau Jérôme. Je revenais différent, plus proche de qui j’étais vraiment. D’une manière générale, avec ces expériences j’ai perçu toutes les consciences comme profondément égales, avec un potentiel égal. Au fond, je pense qu’on est tous une même conscience et que cette conscience pénètre absolument tout. Paradoxalement, cette conscience est aussi moi, mais pas le petit Jérôme, moi dans un aspect « divin », comme si j’étais l’univers, et tout à la fois, en contact avec tout. Ces expériences sont passionnantes. Mon souhait aujourd’hui serait que des scientifiques s’encouragent collectivement, et idéalement publiquement, à explorer ce sujet, puis qu’ils créent un cadre et des outils de mesure pour étudier les sorties hors du corps et cartographier le phénomène. Pour la science, ce serait l’occasion d’étudier avec rigueur un territoire encore mal cartographié de la conscience humaine. Pour le grand public, cela permettrait de sortir ces expériences de la peur, du fantasme ou du sensationnalisme, afin d’offrir des repères plus clairs et un meilleur accompagnement aux personnes qui les vivent. Et qui sait : peut-être aussi une nouvelle source de connaissance sur nous-mêmes à explorer ?

Propos recueillis par Julie Ewa

Le site de Jérôme : https://jerome-gadeyne.org

Sa dernière interview :

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